Du travail social au terrain de soccer
Conversation avec Kathy Mah, avocate principale pour le Canada à la Coupe du Monde de la FIFA 2026
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Commencer sa carrière en travail social pour finir dans un stade de soccer, sous les projecteurs de l’événement sportif le plus important et le plus regardé au monde, ce n’est pas une trajectoire professionnelle courante.
Mais c’est le parcours emprunté par Kathy Mah, directrice générale chargée de l’administration et directrice des affaires juridiques de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 au Canada. Me Mah est responsable des questions juridiques et de conformité pour le Canada et encadre les ressources humaines, le personnel et les activités des bureaux.
Avant de pratiquer le droit, elle a étudié en travail social, ce qui a fortement influencé sa façon d’exercer son leadership dans le contexte de ce double mandat. Plus particulièrement, elle affirme que le travail social l’a grandement aidée à développer son intelligence émotionnelle.
« Je crois avoir une certaine aisance avec les gens et les problèmes… ce que d’autres juristes n’ont pas toujours. Il y a une grande différence entre ce qui constitue une urgence dans un environnement d’entreprise et ce qui constitue une urgence du point de vue du bien-être personnel », explique-t-elle.
« Et j’ai vu les deux côtés. »
Me Mah a commencé sa carrière juridique chez Stikeman Elliott, avant de devenir juriste en contentieux pour Aramark où elle a travaillé pendant 13 ans, devenant même cheffe des affaires juridiques pour le Canada.
Elle était en vacances en France lorsqu’elle a vu l’offre d’emploi de la FIFA dans son fil LinkedIn.
« Je dois avouer que je ne lis pas toujours ces offres d’emploi, mais, pour une raison qui m’échappe, j’ai cliqué sur cette offre quand je l’ai vue. »
En parcourant la liste des qualités recherchées par la FIFA, Me Mah s’est rendu compte qu’elle cochait toutes les cases, même les exigences particulières. En plus d’avoir travaillé au sein d’une équipe juridique internationale et d’avoir touché à la gestion, elle avait de l’expérience de travail dans un stade.
Ayant grandi à Vancouver et vivant à Toronto depuis plus de 20 ans, elle avait également un lien avec les deux villes hôtes canadiennes. Ainsi, même si elle n’était pas à la recherche d’un emploi, elle dit que le poste lui a parlé.
« C’était une occasion rarissime. »
Kathy Mah, qui a postulé sur LinkedIn et décroché l’emploi, était aussi une candidate inhabituelle.
« Je ne connaissais personne (à la FIFA). C’était vraiment juste la petite Kathy qui a grandi à Vancouver, ancienne travailleuse sociale, qui fait de son mieux », déclare-t-elle.
« Je crois que les gens sont surpris de voir qu’on peut encore décrocher un poste sans avoir de contacts importants ou d’antécédents brillants. »
Occupant son poste à la FIFA depuis janvier 2024, Me Mah avait très hâte au coup d’envoi de la compétition à Toronto le 12 juin. C’est le Mexique qui a accueilli le premier match officiel le 11 juin. Ce que l’on voit sur le terrain est le résultat d’un immense travail de coordination en coulisses.
« Il s’agit de la plus grande Coupe du Monde de l’histoire de la FIFA », s’exclame-t-elle.
« Il y a trois pays hôtes, plus la FIFA elle-même, qui a son siège social à Zurich. Nous devons donc collaborer avec pratiquement quatre équipes juridiques en tout temps. »
En plus de s’occuper des questions juridiques et de la conformité au Canada, Me Mah doit veiller à ce que chaque décision opérationnelle respecte les lois des 16 villes hôtes où des matchs seront disputés : deux au Canada, trois au Mexique et onze aux États-Unis.
« Ce n’est pas facile, ce n’est pas simple, mais il s’agit, selon moi, de l’un des projets les plus intéressants auxquels j’ai participé, en raison de la diversité et de l’étendue des enjeux », explique-t-elle.
« Ce qui aurait été une question simple dans une autre organisation basée à un seul endroit est ici multiplié par 16. Nous travaillons réellement comme une seule équipe. Ce qui n’est pas simple non plus, nous nous trouvons dans différents territoires de compétence, dans différents fuseaux horaires. »
L’équipe juridique du Canada se compose d’elle-même et de trois autres personnes. L’une d’elles se consacre à temps partiel à la protection de la marque, tandis qu’une autre se concentre, aussi à temps partiel, sur les enjeux de conformité. Mais dans l’ensemble, tout le monde règle les problèmes à mesure qu’ils se présentent.
« Pour leur propre cheminement, je crois qu’il est important que les membres de mon équipe soient exposés au plus grand nombre possible de questions juridiques nouvelles et intéressantes », dit Me Mah.
« La FIFA possède environ 60 domaines fonctionnels… et nous les couvrons tous. »
Son équipe juridique est entièrement composée de femmes, ce qui est « plutôt chouette » selon elle, bien qu’il s’agisse seulement d’un hasard. La majeure partie du travail juridique est effectué à l’interne, avec un recours occasionnel à des conseillers juridiques externes.
« Comme n’importe quel organisme, nous faisons appel à l’externe de temps à autre… mais, en général, nous faisons tout à l’interne. La FIFA a quand même des budgets à respecter comme tout le monde », explique-t-elle.
Un élément qui l’a surprise par sa complexité et son intérêt général est le gazon. La FIFA a son équipe de spécialistes qui savent tout ce qu’il y a à savoir sur la pousse du gazon, mais son équipe à elle a dû en apprendre beaucoup pour gérer les questions juridiques sur le sujet.
« Quelles sont les règles entourant la culture du gazon? Que peut-on faire pousser au pays? Et voilà qu’on parle potentiellement d’agriculture, du personnel à embaucher pour faire pousser le gazon… autant de questions intéressantes qui émergent », s’étonne-t-elle.
« Mais j’aime être confrontée à des problèmes que je n’ai jamais vécus. J’adore les défis. »
Les récents débats, notamment celui entourant les bouteilles d’eau aux matchs, ont mis en relief les tensions entre le respect des droits et les attentes des adeptes.
Selon Kathy Mah, cela démontre bien la difficulté de trouver une solution qui convient à tout le monde, à 16 endroits différents, que ce soit les adeptes, les opérations, les domaines fonctionnels, les politiques de la FIFA ou les lois locales.
« Chaque décision est beaucoup plus complexe que ce que les gens pourraient imaginer », explique-t-elle.
« Nous prenons certes toutes les décisions avec beaucoup de sérieux, mais c’est difficile de satisfaire toutes les parties prenantes. »
À l’heure où s’ouvrait le tournoi, Me Mah réfléchissait à son rôle dans tout cela.
« C’est probablement l’emploi le plus intéressant que j’ai occupé, sans vouloir dénigrer mes précédents emplois. C’est probablement l’emploi le plus diversifié que j’ai eu et que j’aurai dans ma vie », déclare-t-elle.
« Une des questions que je me pose est : où aller après cela? »
Surtout, Kathy Mah est fière d’être canadienne. Elle se demande ce que cela signifie pour le pays d’accueillir ce « grand événement ».
« Notre personnel ici au Canada, à Vancouver et à Toronto, est extrêmement fier. Nous sentons vraiment que nous faisons tout cela au nom du Canada, puisque nous représentons le pays sur la scène mondiale. »
Qu’attendait-elle avec le plus d’impatience lorsque le coup d’envoi était donné ici? Entendre l’hymne national et pouvoir prendre la mesure de ce qui arrive, en espérant qu’elle ne serait pas sur son téléphone, occupée à gérer un problème.
« Je crois que, pour la majorité d’entre nous, c’était la première fois… que nous pouvions nous rendre compte du chemin parcouru », se réjouit-elle.
« Nous comptions les jours depuis si longtemps, et tout à coup, nous y étions. »