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Cinq étapes faciles et à faible coût pour assurer le bien-être en milieu de travail

Comment rendre le soutien plus facile à obtenir, permettre à la pression de remonter plus aisément à la surface, protéger plus efficacement la concentration et demander plus librement de la souplesse

Un avocat stressé devant l'ordinateur de son bureau, de nuit.
iStock/AnVr
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Il est tard un mardi soir et un juriste relit un dossier pour la troisième fois. Le travail ne l’exige pas, mais la pression extérieure fait qu’il lui est impossible de se fier aux lectures qu’il en a faites les premières fois. Son domaine de pratique (plaideur, droit commercial ou de la famille) ou son lieu de travail ( l’administration publique, en entreprise, seul ou encore dans une clinique ou un cabinet) importent peu.

Une étude nationale exhaustive réalisée auprès de plus de 7 000 juristes partout au Canada a exprimé en chiffres ce que beaucoup dans la profession savaient déjà. Plus de la moitié des répondants ont déclaré souffrir de détresse psychologique ou d’épuisement. Parmi les stagiaires, ce chiffre atteint 72 %.

Le travail plus approfondi dont la profession a besoin est structurel et culturel et il est en cours. Entre-temps, les milieux de travail juridiques peuvent mettre en place cinq mesures pratiques et peu coûteuses. Elles sont inspirées d’éléments connus pour protéger le bien-être des juristes : le soutien des superviseurs, le détachement psychologique, l’établissement de limites et l’accès à des ressources.

Ce point de départ importe davantage pour les juristes en début de carrière ainsi que pour les juristes du genre féminin, racisés et autochtones, les juristes handicapés et ceux provenant de collectivités nordiques et éloignées.

Créer une carte de soutien d’une page

Même lorsque les cabinets font la promotion de ressources en santé mentale, les juristes ne savent pas toujours ce qui est à leur disposition ou par où commencer. Une carte de soutien d’une page permet de connaître les prochaines étapes. Il ne s’agit pas d’un document de politique ou d’une brochure, mais d’une simple page qu’un juriste peut consulter sur son téléphone tard le soir et qui lui permet de savoir exactement qui appeler.

Cette carte devrait comprendre le numéro 9-8-8, la ligne d’aide canadienne en cas de crise de suicide, disponible tous les jours, 24 heures sur 24, en français et en anglais; les programmes d’aide aux juristes provinciaux ou territoriaux pertinents; le nom d’une personne spécialiste en premiers soins en santé mentale; et des consultations couvertes par le régime des avantages sociaux. Il convient de toujours inclure au moins une ressource externe pour les personnes qui hésitent à demander de l’aide à l’interne, les juristes issus des collectivités en quête d’équité et les personnes qui préfèrent conserver une certaine distance.

Diffusez la carte dans le milieu de travail, ajoutez-la aux documents d’intégration et diffusez-la de nouveau deux fois par année. Rendez-la accessible par voie numérique et visible sur l’intranet, dans la cuisine ou à l’arrière de la porte de la salle de bains. Affectez une personne à sa mise à jour, puisque les numéros débranchés ne sont pas très utiles.

Nommer un spécialiste en premiers soins en santé mentale

Les juristes ont beaucoup plus de chance de demander de l’aide si la première étape est facile, privée et claire. Une personne spécialiste en premiers soins en santé mentale facilite cette étape si elle agit comme point de contact de confiance et empathique et si elle ne fait pas partie de la direction.

Le rôle de cette personne doit être bien défini. Elle ne devrait pas être thérapeute ni faire partie de l’équipe disciplinaire, des ressources humaines ou du rendement. Il doit s’agir d’un interlocuteur confidentiel et d’un guide vers les soutiens externes, comme les programmes d’aide juridique. Il convient de préciser par écrit les limites à la confidentialité, notamment les divulgations liées à la sécurité; toutefois, aucun dossier ne sera tenu. Il faut aussi insister sur le fait que l’engagement est volontaire.

Officialisez la désignation au moyen d’une résolution d’association, d’un règlement administratif ou d’une politique sur le milieu de travail, puis investissez dans la formation. La certification en premiers soins en santé mentale, approuvée par la Commission de la santé mentale du Canada, est un cours de deux jours, offert à distance ou en personne.

Les milieux de travail de plus grande taille devraient désigner plusieurs spécialistes pour que les juristes aient un choix, notamment une personne dont les antécédents tiennent compte de la diversité des membres de l’équipe. Les petits cabinets, les praticiens exerçant seuls, les juristes d’entreprise et les juristes travaillant pour des administrations publiques ou une clinique peuvent adopter le titre, s’ils établissent des limites claires, ou s’en remettre à un ou à une collègue de confiance ou à une personne‑ressource du barreau.

Le ou la spécialiste n’a pas à avoir toutes les réponses, mas cette personne doit être disponible, formée, digne de confiance et pouvoir dire avec assurance : « Allons demander de l’aide. »

Réaliser une vérification mensuelle de 15 minutes de la charge du travail

La pression se fait rarement sentir d’un coup. Elle s’établit au fil des dossiers, des dates butoirs et des priorités concurrentes. Une brève vérification structurée lui permet de remonter à la surface, alors que des modifications sont encore possibles. L’instinct informel est utile aux personnes présentes, mais une pratique structurée aide tout le monde, y compris les personnes moins susceptibles de s’exprimer.

Le format est simple, il s’agit de poser trois questions : Quel élément crée le plus de pression? Quelle tâche est la plus susceptible de prendre du retard? Quel petit changement serait utile? Faites ensuite un changement concret. Il pourrait s’agir de réaffecter une tâche, de modifier une date limite, de préciser les priorités ou de reporter une tâche non urgente. La personne qui effectue la vérification doit être autorisée à faire un suivi. Quinze minutes, une fois par mois, même heure.

Dans les milieux plus petits, comme une pratique en solo, un contentieux ou une clinique rurale, la conversation peut devoir être faite avec un ou une collègue en dehors du milieu de travail. Tout ce qui importe, c’est qu’elle ait lieu.

La vérification relance la conversation. Plutôt que de demander à une personne comment elle va, une question à laquelle de nombreux juristes évitent de répondre, la vérification porte sur l’élément à l’origine de la pression dans le milieu de travail. Bien entendu, elle ne fonctionne que si un changement est réellement mis en place.

Réservez une fenêtre quotidienne de concentration

Une demande complexe ne peut être rédigée en sept minutes, entre deux courriels. L’attention fragmentée nuit à la rédaction, à l’analyse et à la stratégie. Il en va de même de la qualité à laquelle s’attendent les clients.

Selon l’étude nationale, le détachement psychologique est l’un des plus grands facteurs de protection du bien-être des juristes. Ce facteur est repris dans le rapport U.S. workplace mental health guidance (Guide sur la santé mentale et le mieux-être au travail). Une fenêtre de concentration réservée installe ce détachement essentiel dans la journée de travail.

Il ne doit pas s’agir d’une règle stricte, mais d’une pratique par défaut qui crée une fenêtre par jour, pour aussi peu que 60 minutes, accompagnée d’exceptions pour les urgences, les délais fixés par la cour et les questions assorties de contraintes de temps. Il ne faut pas y inclure les réunions habituelles. Demandez aux dirigeants de l’appliquer, puisque si les personnes en pouvoir ne protègent pas leur propre période, qui le fera?

Donnez un nom à cette fenêtre, protégez-la, laissez les gens l’utiliser. Elle doit viser le travail concentré et non l’absence de disponibilité. Après tout, un juriste qui a travaillé pendant une période ininterrompue sait à quel point le reste de la journée s’en trouve changé.

Faites de la souplesse à court terme une politique et non une faveur

Les besoins en santé, la prestation de soins et l’augmentation soudaine de la charge de travail surviennent dans les cabinets, les contentieux, les bureaux des administrations publiques et les cliniques. Gérés de façon claire et constante, ils entraînent peu de perturbation.

Un protocole défini sur une marge de manœuvre à court terme crée cette clarté. Il vise les besoins à court terme liés à la santé, à la prestation de soins et aux surcharges temporaires, nécessite un plan de protection et porte sur le service à la clientèle. Un formulaire d’une page peut porter sur le besoin, la durée et la forme.

Officialisez ce protocole. Il s’agit de faire passer la souplesse d’un état qui dépend de la disposition du superviseur à un élément qu’offrira le milieu de travail de façon constante. Un superviseur peut être généreux, un autre peut recevoir la même demande avec méfiance. Un cadre défini fait disparaître l’incertitude.

Le protocole est également important pour la rétention. L’étude nationale a établi un lien entre le conflit travail-vie personnelle et un faible engagement ainsi que l’intention élevée de quitter la profession, une constatation reprise dans la Norme nationale pour la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail du Canada. Le protocole fonctionne uniquement si son utilisation est attendue et non traitée comme une faveur ou considérée comme une faiblesse.

Ce que ces étapes permettent de faire et ce qu’elles ne permettent pas

Ensemble, ces cinq étapes rendent le soutien plus facile à obtenir, permettent à la pression de remonter plus aisément à la surface, protègent plus efficacement la concentration et facilitent la demande de souplesse.

Elles ne règleront pas les défis plus profonds de la profession, comme les structures de facturation, les attentes en matière de la charge de travail et les pressions culturelles documentées dans l’étude nationale. Elles peuvent toutefois être utiles pendant le travail assidu, de façons que les juristes reconnaîtront pendant la journée de travail.

Il s’agit de petites étapes, mais elles peuvent avoir une incidence durable – soutien du superviseur, accès aux ressources ainsi que limites et prévisibilité. Aucun milieu de travail ne pourra constater la différence avant d’en avoir fait l’expérience.

Pour le juriste assis à son bureau à 22 h un mardi, la différence peut être de savoir qu’il y a une personne à qui parler. Elle tient peut-être aussi au fait de savoir qu’une période protégée de 90 minutes est prévue pour le lendemain ou encore qu’un petit changement est attendu et non simplement toléré.

Ces étapes méritent d’être tentées et d’être mises en œuvre.