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Attentes en évolution

De la conciliation travail-vie à la santé mentale en passant par les idées changeantes sur la hiérarchie, la loyauté et le professionnalisme, nous constatons que le terrain sous-jacent à la profession juridique évolue.

A stack of smooth gray stones sits on a desk, symbolizing balance. Nearby are glasses, a notebook, and a cup, creating a calm, organized workspace.
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Oubliez l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les nouveaux juristes recherchent de plus en plus l’harmonie entre le travail et la vie privée, une approche qui rime toujours avec un stress intense et des normes élevées, mais qui jouit d’un soutien crucial.

« Si les lignes de communication avec vous sont ouvertes, je vais me donner à 150 % », affirme Meaza Damte, sociétaire au groupe des litiges de McCarthy Tétrault à Toronto.

Ce dévouement, cependant, vient avec une condition préalable qui marque un changement générationnel. Cela implique d’avoir des relations professionnelles de confiance et un sentiment d’appartenance.

« J’ai besoin de me sentir en sécurité, dit Me Damte, qui a été major de promotion à la faculté de droit de l’Université de Toronto en 2023 et admise au barreau de l’Ontario en 2024. J’ai besoin de sentir que je suis entendue. »

Elle a récemment participé à une discussion informelle, coanimée par Sukhi Dhillon Alberga, présidente du Sous-comité de l’initiative Avenirs en droit de l’Association du Barreau canadien.

Le panel a discuté de l’évolution des attentes dans le secteur juridique et du rôle que l’IA pourrait jouer.

Me Alberga, fondatrice de Bridging Legal Solutions et de Counselurdocs, demandait si la nouvelle génération de juristes était vraiment différente.

Me Damte a répondu que les longues heures et les lourdes charges de travail sont toujours la norme, mais qu’ils s’endurent beaucoup mieux lorsque les juristes sont valorisés comme des membres importants d’un groupe plus large.

« Vous ne vous sentez pas si épuisée lorsque vous travaillez dans une équipe où vous vous sentez estimée et prise en compte. »

Cependant, les nouveaux juristes sont beaucoup plus disposés à dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

« Je pense que, peut-être, avant, les juristes n’étaient pas aussi ouverts à parler des défis qui vont de pair avec une pratique très exigeante et occupée », a-t-elle dit.

Au lieu de se débrouiller seule, Me Damte dit qu’il y a un mouvement qui favorise le partage collectif de trucs et astuces pour « rester en santé, sains d’esprit et prêts à donner le meilleur de soi-même », tout en fournissant un excellent service à la clientèle.

Leena Yousefi, juriste en droit de la famille et directrice générale du YLaw Group de Vancouver, a fondé le cabinet en 2013, deux ans seulement après avoir été admise au barreau. Mère d’une jeune fille et de jumeaux, elle a remporté des prix pour la promotion des femmes et des personnes de couleur dans la profession, y compris la promotion de semaines de travail de quatre jours et de possibilités de travail à distance.

« J’ai appris par essais et erreurs que le concept de la conciliation travail-vie, lorsque vous êtes juristes, n’existe pas vraiment parce que la moitié de votre temps est… contrôlée par l’autre parti », a-t-elle fait remarquer au panel.

Me Yousefi pense qu’un objectif plus utile est « d’être en harmonie avec votre lieu de travail, avec les personnes avec qui vous travaillez, et avec vos clients. Elle croit que c’est cela qui définit la santé mentale, et non pas le fait d’imposer une réduction du temps de travail. »

Faire savoir aux juristes qu’ils sont valorisés, a-t-elle mentionné, transcende les changements générationnels et à peu près tous les autres avantages.

« Ils resteront motivés et se sentiront en sécurité lorsqu’ils commettent des erreurs. L’important est évidemment de faire en sorte qu’ils se sentent de cette façon. »

Un changement majeur dans la profession est le manque de tolérance à l’égard du harcèlement sexuel et d’autres comportements répréhensibles qui passaient sous silence lors de son admission au barreau. Bien que cela n’ait jamais été acceptable, Me Yousefi a déclaré que cette réalité l’a contrainte à s’endurcir, ce qui lui a été très utile en tant qu’avocate.

Plusieurs des nouveaux juristes qu’elle rencontre auront besoin de « façons plus saines d’accroître leur résilience ».

« Il y a certainement des exceptions, mais, pour la plupart d’entre eux, j’ai l’impression que si on les pousse trop, la probabilité qu’ils s’effondrent et qu’ils abandonnent est plus élevée. »

Ehsan Etezad, psychologue du travail et consultant, aide des employeurs à créer des cultures de bureau qui soutiennent même les professionnels les plus motivés.

« Je pense qu’il y a beaucoup de discussions sur la façon dont nous gérons notre temps, et pas assez sur la façon dont nous gérons notre énergie tout au long de la journée », a-t-il avancé au panel.

Les gens qui connaissent beaucoup de succès comprennent qu’ils doivent se recharger comme un appareil, habituellement en faisant quelque chose qui est totalement différent de leur travail.

M. Etezad conseille aux gens de « se reposer en cours de route » plutôt que de se dire qu’ils récupéreront après le prochain grand jalon.

« Puisque la vie ne devient pas plus facile, vous devez trouver cette harmonie, indépendamment de là où vous vous trouvez. »

Il souligne que les juristes n’abordent pas les décisions prises sur le lieu de travail ou ne s’y opposent pas avec la même confiance que les associés principaux ayant des antécédents établis. Ainsi, si des employés jeunes et intelligents sont mécontents, ils trouveront un emploi qui correspond à ce qu’ils recherchent avec peu ou pas de préavis.

En ce qui concerne les effets de l’IA sur la profession, le panel a convenu qu’il s’agit d’un couteau à double tranchant. Elle offre des possibilités, mais menace également les emplois de débutants et le développement des compétences, tout en posant des risques « d’hallucinations ».

Me Damte a rappelé que l’IA coupe la courbe d’apprentissage liée à la recherche, libérant potentiellement du temps pour une analyse plus approfondie et la résolution de problèmes. Il s’agit également d’une occasion pour les plus jeunes juristes de devenir des spécialistes en la matière.

Par exemple, l’intégration de l’IA aux outils de divulgation de preuves électroniques pour faciliter la révision des documents « est hautement technique et spécialisée », a-t-elle dit.

« C’est un domaine dans lequel les jeunes juristes peuvent faire leurs premiers pas, tout en présentant un potentiel énorme de se rendre indispensable. »