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L’IA vous laisse perplexe?

Voici un guide pour commencer à l’apprivoiser

Un homme sur un tremplin prêt à plonger dans un bassin technologique
iStock/ojogabonitoo

En tant que gestionnaire des technologies juridiques et du mentorat à la Law Society of Alberta, je rencontre régulièrement des juristes à la fois fascinés et déconcertés par les répercussions, bien réelles, sur leur pratique de l’arrivée de l’intelligence artificielle.

Certains ont pris la résolution pour 2026 d’enfin faire le grand saut, ou du moins, d’y tremper un orteil dans le monde de l’IA.

S’ils en voient d’autres utiliser l’IA, ils restent cependant quelque peu méfiants devant la perspective que ça passe ou ça casse… Une question revient souvent : comment et par où commencer?

Vous vous reconnaissez là-dedans? Eh bien, je vous ai préparé une synthèse des façons dont vos collègues intègrent l’IA à leur pratique ainsi que des points à garder à l’esprit.

Examen des documents et analyse des contrats

L’une des premières utilisations et aussi les plus répandues de l’IA dans la pratique juridique est l’analyse de documents.

Les plateformes d’IA peuvent éplucher rapidement de grands volumes de contrats, plaidoyers, communications préalables, et ainsi de suite pour en extraire automatiquement les dispositions d’intérêt, signaler celles qui sont inhabituelles ou risquées et catégoriser l’information pour analyse ultérieure.

Par exemple, l’IA peut identifier les dispositions d’indemnisation, de non-concurrence ou de conformité réglementaire dans les contrats, pour ainsi aider les juristes à évaluer les risques et à assurer le respect des obligations.

Cette automatisation permet de réduire le temps et les coûts que requiert l’examen manuel, libérant ainsi les juristes pour les questions complexes nécessitant leur jugement professionnel.

Recherche juridique et gestion des connaissances

L’IA transforme également la recherche juridique. Les plateformes et moteurs de recherche avancés recourent au traitement du langage naturel pour interpréter les requêtes et retourner des résultats pertinents dans la jurisprudence, les lois et règlements et les sources secondaires. Certains systèmes sont en mesure de résumer les avis judiciaires, de faire ressortir des tendances dans les décisions rendues et même de prédire l’issue d’une affaire en s’appuyant sur des données historiques.

Les outils de gestion des connaissances alimentées par IA sont gage d’efficacité et de cohérence dans l’analyse juridique pour les cabinets, qui s’en servent pour organiser et retrouver du matériel allant des documents internes aux cas de jurisprudence en passant par les pratiques exemplaires.

Investigation numérique en contentieux

En contentieux, les outils d’IA peuvent passer au crible des millions de courriels, de documents et de messages pour trouver des preuves pertinentes, établir une ligne du temps, signaler des renseignements confidentiels ou protégés par le secret professionnel, et détecter des antécédents potentiellement éclairants quant à la stratégie à choisir.

Le codage prédictif (une forme d’apprentissage machine) permet aux juristes d’entraîner leurs systèmes à reconnaître les documents pertinents, pour ainsi alléger considérablement la charge de travail que représente la revue manuelle tout en en améliorant la précision.

Conformité réglementaire et gestion des risques

L’IA aide les professionnels du droit à suivre l’évolution de la réglementation, à évaluer les risques de conformité et à gérer les obligations en vigueur. Des systèmes automatisés peuvent surveiller les modifications apportées aux lois et règlements, analyser les implications pour les activités de l’organisation, et produire des alertes pour signaler d’éventuels problèmes de conformité.

Service à la clientèle et communication avec les clients

Bien que les systèmes d’IA ne puissent remplacer l’expertise des juristes, les robots conversationnels et les assistants virtuels alimentés par l’IA sont de plus en plus utilisés pour le service à la clientèle. Ceux-ci peuvent en effet répondre aux questions les plus courantes, fixer les rendez-vous et faire un suivi de l’état des dossiers.

Certaines plateformes vont aussi se servir de l’IA pour rédiger une version préliminaire des documents juridiques ainsi que pour répondre aux demandes des clients et les guider à travers les processus d’accueil en ligne.

Jugement professionnel et expertise humaine

Malgré ses avantages indéniables, l’IA ne saurait remplacer le rôle fondamental des juristes pour interpréter des questions complexes ou ambiguës, prendre des décisions stratégiques ou donner des conseils nuancés.

Ce qu’elle est, c’est un outil de soutien qui détecte les problèmes potentiels et permet à nos professionnels de se concentrer sur l’analyse juridique substantielle dans leurs domaines d’expertise. Il est primordial que la technologie soit toujours mariée au jugement humain si l’on veut maintenir des normes élevées dans la pratique du droit.

Considérations éthiques et déontologiques 

L’utilisation de l’IA dans la pratique juridique n’est pas sans soulever d’importantes questions éthiques et déontologiques; la confidentialité, la sécurité des données et le préjugés potentiel des algorithmes sont autant de préoccupations majeures.

De plus, les règles de conduite professionnelle exigent des juristes qu’ils maîtrisent les technologies auxquelles ils recourent et supervisent leurs assistants non-juristes : tout cela s’applique aux systèmes d’IA.

Difficultés et limitations

L’IA n’est pas infaillible. Les outils automatisés peuvent se casser les dents sur des problèmes juridiques inédits ou très complexes, ceux-ci nécessitant une compréhension approfondie du contexte. Il y a aussi le risque de rater des nuances ou de laisser passer des erreurs si l’on se fie excessivement à la technologie, sans repasser attentivement sur les résultats générés par l’IA.

Les cabinets juridiques doivent investir dans la formation et la supervision afin d’assurer que la technologie vient rehausser, et non compromettre, la qualité de leurs services.

Démocratisation des services juridiques

L’IA a le potentiel de rendre les services juridiques plus accessibles et abordables, car l’automatisation des tâches routinières et la rationalisation du travail donnent aux petits cabinets et aux juristes travaillant seuls la possibilité d’offrir des services qui étaient auparavant l’apanage des grands cabinets.

Les plateformes en ligne et outils alimentés par l’IA peuvent aussi aider les particuliers à apprivoiser les processus juridiques, à rédiger certains documents et à comprendre leurs droits. Tout cela contribue à l’accès à la justice.

Orientations et occasions futures

Selon toute probabilité, l’intégration de l’IA dans la pratique du droit n’ira qu’en s’accélérant. À mesure que les systèmes se perfectionnent, ils pourront s’attaquer à des tâches de plus en plus complexes, comme la prévision des risques de litige, la modélisation de l’issue des transactions et la production d’analyses stratégiques.

La profession juridique devrait s’adapter : aller chercher de nouvelles compétences, embrasser la collaboration interdisciplinaire, et affiner ses cadres déontologiques pour bien gérer les problèmes émergents.

Il sera aussi essentiel de maintenir un dialogue ouvert entre technologues, juristes, autorités réglementaires et clients pour façonner l’avenir de l’IA dans le domaine du droit.

Conclusion

L’IA n’est pas un substitut à l’expertise professionnelle, mais bien un outil puissant qui, s’il est bien utilisé, peut transformer la prestation des services juridiques.

L’avenir de la pratique du droit sera déterminé par l’alliance entre la technologie et le jugement humain, alliance qui doit se poursuivre pour garantir que dans ce monde en évolution rapide, les juristes fournissent encore et toujours des services fiables, de haute qualité et conformes à l’éthique.