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Une façon gratifiante de combler un vide

Le mentorat : acquérir des connaissances précieuses à partir des expériences d’autrui

Des têtes humaines reliées par des sphères multicolores, symbolisant le mentorat
iStock/Eoneren

Il est juste de dire que la faculté de droit ne prépare personne aux défis auxquels elle sera confrontée en tant que juriste en début de carrière.

« Les gens sont très mal préparés pour tous les aspects de la profession, croit Murray Gottheil, juriste d’entreprise à la retraite. Vous n’êtes pas prêt à gérer des dossiers ni des clients. Vous ne savez pas comment en attirer de nouveaux. Vous n’êtes pas prêt à vous occuper de votre santé mentale, à fixer des limites, à évaluer si vous devriez travailler pour une entreprise en particulier. Vous ne savez pas non plus quoi faire si on vous jumèle à un partenaire infernal ou comment réagir lors de situations qui vont à l’encontre de l’éthique. En fait, vous ne savez rien de ce qu’implique la pratique du droit. »

Il le sait parce qu’il l’a vécu.

« J’ai commencé ma carrière et quitté presque aussitôt le barreau pour diriger un cabinet de juristes d’entreprise, explique Me Gottheil, qui a pratiqué le droit dans un cabinet de taille moyenne à Mississauga, en Ontario. Je n’avais aucune expérience en tant que mentoré. »

Aujourd’hui, il partage son expertise avec des juristes en début de carrière afin de redonner à la profession. Il estime que toute personne qui fait ses premiers pas dans le domaine devrait chercher un mentor pour la guider dans sa carrière juridique.

« J’ai travaillé avec un certain nombre de jeunes depuis que j’ai pris ma retraite. Une ou deux rencontres avec certains, un accompagnement continue pour d’autres », raconte-t-il.

« J’ai développé un barème de frais de mentorat qui varient de zéro à un million de dollars. La plupart des gens prennent l’option gratuite; certains me paient. C’est très bien comme ça. J’ai gagné mon argent en travaillant beaucoup trop fort dans la profession. »

Je me sentais assez isolé

Dimple Kainth était aussi en grande partie laissée à elle-même lorsqu’elle a commencé sa carrière en droit il y a vingt ans.

« Je suis une femme sud-asiatique et une Canadienne de première génération, dit-elle. Je suis entrée dans la profession sans réseau intégré ou personne qui comprenait vraiment ce que je vivais en tant que nouvelle avocate. »

Avocate principale chez Satya Law à Burnaby, Me Kainth, qui pratique dans les domaines du droit administratif, de la réglementation professionnelle et du droit du travail, dit que cette solitude a eu une incidence sur son parcours professionnel.

« Je repartais toujours avec l’impression que je n’étais pas à ma place et, peu importe ce que je vivais, je me sentais plutôt isolée, avoue-t-elle. Ç’a vraiment été une lutte. D’ailleurs, c’est ce qui m’a poussé à devenir moi-même une mentore. »

Elle encadre des juristes en début de carrière dans des programmes de l’Association du Barreau canadien. De façon informelle, elle a pris sous son aile des personnes qui l’ont contactée directement.

« Si j’en ai la capacité et que je ressens un lien avec cette personne, alors je lui offre du mentorat. Ça fait de nombreuses années, et j’adore ça. Je deviens fondamentalement la mentore dont j’aurais eu moi-même besoin. »

Une pierre angulaire dans la pratique traditionnelle du droit

Me Kainth croit fermement que le mentorat, formel et informel, est nécessaire pour la profession juridique.

« Cela a été la pierre angulaire de la pratique traditionnelle du droit. C’est ainsi que les juristes étaient traditionnellement formés, dit-elle. La sagesse se transmet d’une génération à l’autre. Vous apprenez à pratiquer de manière éthique, à exercer un bon jugement, à gérer la pression, à renforcer votre résilience. »

Nastaran Roushan, avocate plaidante et associée chez Seabrook Workplace Law à Toronto, souligne qu’avoir un mentor est particulièrement important pour les femmes juristes et pour les femmes issues de communautés marginalisées.

« Une grande partie de nos connaissances est façonnée par nos expériences, croit-elle. Surtout quand vous débutez, votre expérience est limitée… Le mentorat est un moyen d’acquérir des connaissances à partir des expériences d’autrui. Il comble un vide. »

Et cela va au-delà de la simple relation de collaboration avec des collègues, d’avoir quelqu’un qui répond à des questions sur des principes juridiques, qui vous prodigue des conseils éthiques ou qui vous fournit une orientation sur la façon d’aborder une question de droit.

« Le mentorat est une relation à plus long terme, croit Me Roushan. C’est ce qui vous fournit des conseils et de l’aide à long terme par rapport à votre carrière et à vos problèmes personnels… C’est avoir accès à quelqu’un qui demeure à vos côtés dans les moments les plus éprouvants, ou peut-être qui va vous laisser en référence ou vous recommande pour un engagement remarquable au sein d’une association. Tout cela aide à propulser votre carrière. »

En fait, Me Gottheil recommande aux juristes d’envisager de chercher des mentors à l’extérieur de leur cabinet.

« Ne croyez pas votre cabinet quand on vous dit qu’un mentor vous sera attribué, prévient-il. Ce mentor vise à s’assurer que vous consignez vos heures facturables et que vous faites ce que le cabinet veut; il n’est pas là pour vous aider dans votre cheminement de carrière. »

Dans la même veine, Me Roushan encourage les jeunes juristes à s’affilier à des organismes professionnels et à des clubs où ils pourront rencontrer des juristes chevronnés.

Peu importe l’endroit où vous recherchez du mentorat, dit Me Kainth, concentrez-vous sur la création de relations authentiques. Elle conseille aux juristes en début de carrière ainsi qu’aux étudiants et étudiantes en droit de chercher quelqu’un qui veut délibérément établir une relation.

« Cherchez des personnes dont la carrière ou les valeurs trouvent écho chez vous. »

Les avantages vont dans les deux sens

Le mentorat n’est pas une relation à sens unique; les mentors en tirent également profit.

« Vous allez avoir une perspective différente. Vous allez apprendre de quelqu’un d’autre », dit Me Roushan.

C’est certainement l’expérience qu’a vécue Me Kainth en travaillant avec de jeunes juristes.

« Les juristes en début de carrière ont des façons novatrices de penser et de faire les choses, dit-elle. Ils nous mettent au défi de réfléchir à nos propres pratiques et habitudes. Je vois ce changement générationnel, et je pense que les juristes plus jeunes peuvent aider les gens plus âgés à trouver de nouvelles façons de faire les choses qui améliorent leur vie professionnelle. »

Me Gottheil convient que l’apprentissage va dans les deux sens.

« Si vous avez 50 ans et vous accompagnez une personne de 25 ans, vous pouvez en apprendre davantage sur les technologies et sur la façon dont les jeunes pensent, ce qui peut vous être utile pour établir des liens avec des clients plus jeunes. »

Personnellement, il a tiré beaucoup de plaisir à son rôle de mentor.

« J’ai pu avoir un impact sur la carrière de gens, et cela est satisfaisant. Peut-être que cela me rend moins coupable des années que j’ai passées à chasser des dollars. »

Pour Me Kainth, l’expérience a approfondi sa raison d’être.

« C’est gratifiant parce que je soutiens la croissance de quelqu’un d’autre, surtout là où j’ai moi-même éprouvé des difficultés, explique-t-elle. Cela crée un lien, un sentiment d’appartenance, des objectifs communs; toutes ces choses enrichissent la vie des mentors et des mentorés. »