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Le contexte juridique et culturel unique de l’Afrique du Sud

Sandra Wisner a passé l'année à aider les familles des mineurs tués à Marikana.

Photo courtesy of Sandra Wisner
Photo courtesy of Sandra Wisner

16 août 2012. Marikana, une ville au Nord-Ouest de Johannesburg. Le South-African Police Services (SAPS) ouvre le feu sur les mineurs qui manifestent; 34 sont tués, 78 blessés et 250 arrêtés. La cause de la manifestation : un conflit salarial opposant Rock Drill Operators et la direction de la mine Lonmin PLC.

Répondant aux rapports internationaux qui comparent les actes du SAPS aux massacres de l’ère de l’apartheid, le président Jacob Zuma convoque une commission d’enquête dès le lendemain.

Je regardais le reportage à la télévision à Toronto tout en préparant ma valise pour me rendre à Johannesburg, dans le cadre du Programme international des jeunes juristes de l’Association du Barreau canadien qui place de jeunes juristes canadiens auprès d’organisations de défense des droits de la personne dans les pays en développement. Deux semaines plus tard, j’arrivais juste à temps pour me joindre à la foule des mineurs à Marikana à laquelle les dirigeants annonçaient une hausse salariale à un niveau décrit comme un « salaire vital » de 12 500 Rand (environ 1 250 $ canadiens).

J’ai passé cette année-là à aider la Constitutional Litigation Unit du Legal Resources Centre à représenter les familles des mineurs tués à Marikana.

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C’est avec une minutie accrue que la communauté internationale a examiné divers aspects de l’incident, dont les allégations selon lesquelles la police avait tiré dans le dos des mineurs avec des fusils d’assaut et des fusils de chasse, le plus souvent à bout-portant alors qu’ils s’enfuyaient. Des allégations de collusion entre la National Union of Mineworkers, Lonmin PLC et le gouvernement ont également circulé.  Les rapports sur la situation socio-économique des mineurs de la région étaient inquiétants, au même titre que l’absence d’avantages reçus par la communauté dont les terres sont exploitées.

Les avocats des 15 parties comparaissant devant la Commission, nous y compris, se sont rendus à Rustenburg pour les audiences quotidiennes. En un an, la Commission a accumulé plus de 15 000 pages de documentation et plus de 150 heures d’enregistrements vidéo. La recherche de la vérité s’est heurtée à maints obstacles, tels que les allégations selon lesquelles la police dissimulait et manipulait des preuves, et le manque de financement pour les représentants des victimes. Pendant ce temps, la situation à la mine de Marikana s’envenimait, avec l’éruption de violence entre les syndicats rivaux et des manifestations de travailleurs. Au cours de la même année, six personnes qui avaient assisté à la manifestation du 16  août se suicidaient et trois témoins potentiels étaient assassinés.

En Afrique du Sud, non seulement j’ai vu les complexités d’un nouveau système juridique, mais j’ai découvert un contexte social et politique unique. J’ai passé le plus clair de mon temps à aider George Bizos, avocat (sc), l’avocat principal de notre équipe alors qu’il se préparait pour de longs contre-interrogatoires des témoins de la police. Me Bizos est l’un des avocats les plus renommés en matière de droits de la personne en Afrique du Sud. Il a été avocat de feu Nelson Mandela pendant le procès Rivonia, et a siégé au comité responsable de la rédaction de la constitution du pays.

Le décès de Nelson Mandela au début décembre souligne la nécessité, pour les conclusions et les recommandations de la Commission, d’incarner l’essence de la vérité, de la réparation et de la justice. Les procédures pourraient bien déterminer l’orientation et l’efficacité de la justice en Afrique du Sud pour les années à venir.