En personne : Thomas Cromwell

Par CBA/ABC National Printemps 2018

En personne : Thomas Cromwell

 

Le juge à la retraite Thomas Cromwell a été désigné compagnon de l’Ordre du Canada en décembre « en reconnaissance de son service exemplaire à titre de juge de la Cour suprême et du leadership dont il a fait preuve afin d’améliorer l’accès à la justice pour tous les Canadiens ». L’ancien président du comité de rédaction de La Revue du Barreau canadien est maintenant avocat chez Borden Ladner Gervais à Vancouver.

Quels sont trois livres qui vous ont influencé? Pourquoi?

Difficile de n’en nommer que trois! Si on s’en tient au domaine juridique, l’un d’eux serait « Historical Foundations of the Common Law », de S.F.C. Milsom, qui m’a prouvé la sagesse d’une remarque d’un certain Me Holmes selon quoi une page d’histoire vaut parfois tout un volume de logique. Les juristes, et tout particulièrement les juges, doivent comprendre pourquoi et comment le droit est devenu ce qu’il est. C’est ce que m’a appris ce livre, plus que toute autre chose. Un autre serait « Prendre les droits au sérieux » de Ronald Dworkin. Les réflexions de ce dernier sur la nature du droit et son analyse m’ont influencé tout au long de ma carrière. Enfin, Thinking Like a Writer de Stephen Armstrong et Tim Terrell est le meilleur ouvrage sur la rédaction juridique que j’aie jamais lu. Mon style ne lui rend pas justice!

Qu’avez-vous appris d’une grosse erreur?

Heureusement, je n’ai pas souvent commis de grosses erreurs, mais j’ai pris une très mauvaise décision pour ma carrière à mes débuts. Cette expérience m’aura appris à me fier à mon instinct – mon petit doigt me disait bien que ce n’était pas une bonne idée. J’aurais dû l’écouter, et c’est ce que je fais depuis.

Quel conseil donneriez-vous au jeune homme que vous étiez? Pourquoi?

De ne pas trop s’en faire avec les détails. Selon moi, la plupart des gens se font trop de souci pour des choses qui sont largement indépendantes de leur volonté. Serai-je accepté à cette université plutôt qu’à une autre? Décrocherai-je un stage à tel ou tel cabinet? Voudra-t-on m’embaucher? Deviendrai-je associé? Accéderai-je à la magistrature? La liste est longue. On n’a que très peu d’influence sur ces choses, et quand on les met en perspective, on se rend compte qu’elles ne comptent pas tant que ça. Tout le monde connaît des déceptions dans sa carrière comme dans sa vie. Le secret est de faire de son mieux et de ne pas se laisser abattre. Avec l’âge, je vois mieux à quel point il est important d’être résilient.

Quel talent aimeriez-vous acquérir? Pourquoi?

J’aimerais apprendre à écrire pour le grand public – c’est difficile de perdre les plis qu’on prend au bout de 19 ans passés à rédiger des jugements. Or, l’accès à la justice arrive en tête des nombreux et importants enjeux de société touchant le droit. Nous autres « initiés » devons vraiment communiquer mieux, et plus souvent, avec le public. Monsieur madame Tout-le-Monde doit saisir l’importance d’avoir un appareil juridique efficace, et les juristes doivent mieux comprendre les besoins et les préférences du commun des mortels, pour qui cet appareil a été créé.

Si vous pouviez changer une chose à propos du métier d’avocat, qu’est-ce que ce serait?

Je me sens immensément privilégié de pratiquer le droit aux côtés de la merveilleuse équipe de Borden Ladner Gervais, donc dans mon propre cas, je ne changerais rien.

Au regard de la profession en général, il faudrait mieux comprendre la diversité des besoins juridiques dans la population et en faire plus pour y répondre par des solutions abordables. Toutes les études que j’ai vues indiquent qu’un vaste marché ne reçoit pas nos services. La profession comme le public gagneraient à ce que nous apprenions à servir ces gens d’une façon qui satisfasse tout le monde, juriste comme client.

Catégories:
Comments
No comments


Leave message



 
 Security code