Négocier vos conditions de travail dans un cabinet d’avocats

Par James Careless juillet 10, 201810 juillet 2018

Négocier vos conditions de travail dans un cabinet d’avocats

 

Ce n’est pas l’époque la plus propice pour les jeunes juristes qui cherchent du travail.

« En ce moment, les jeunes juristes inondent un marché acheteur dans lequel le nombre d’emplois est limité », déclare Warren Bongard, président et cofondateur de Zsa Legal Recruitment, à Toronto. « Par conséquent, les plus grands cabinets des plus grandes métropoles canadiennes peuvent dicter les salaires et les conditions de travail des nouveaux employés, et ils ne s’en privent pas. »

« Le nombre de jeunes juristes sur le marché du travail excède largement le nombre de postes », a convenu Preston Parsons, avocat dans le cabinet Overholt Law de Vancouver et président du Comité des jeunes juristes de l’ABC. « La loi de l’offre et de la demande leur est indubitablement contraire. »

Ryan Cooper, de Toronto, le sait très bien car il en a fait l’expérience. Admis au Barreau en juin 2018, il avait prévu de travailler dans le cabinet dans lequel il avait fait son stage. Malheureusement, on lui a récemment dit que le cabinet ne souhaite pas s’agrandir.

Par conséquent, il tente à la dernière minute de trouver un emploi d’avocat salarié à Toronto ou à Kingston. « Honnêtement, je devrai me contenter de ce qui se présentera », a-t-il dit.

Dans un marché acheteur, il est sans aucun doute difficile pour un jeune juriste de trouver un travail, sans parler d’oser négocier sa rémunération et ses conditions de travail. Difficile, mais pas impossible.

Voici quelques conseils pour y parvenir.

N’oubliez pas les petits cabinets

Souhaitez-vous avoir votre mot à dire quant à votre rémunération et à vos conditions de travail? Alors, n’allez pas briguer un poste dans les grands cabinets bien établis des grands centres urbains canadiens. « Ils ne sont prêts à discuter ni les rémunérations, ni les conditions de travail de la première année d’un avocat salarié », affirme Warren Bongard. « C’est généralement applicable que vous soyez n’importe qui. »

Par contre, il peut y avoir des possibilités de négocier avec les cabinets de petite et de moyenne taille.

« Dans les cabinets où un juriste exerce seul et dans les petits cabinets, le nouveau juriste pourrait être en mesure d’entamer des négociations sur son salaire et ses conditions de travail, car le cabinet pourrait ne pas avoir de structure préexistante », a déclaré Zara Suleman, fondatrice du cabinet de Vancouver Nord, Suleman Family Law. « Cela peut créer une possibilité de négocier pour produire une rémunération, des avantages sociaux ou des adaptations hors des sentiers battus, tels que le télétravail, des heures de travail flexibles et d'autres avantages permettant d’équilibrer la vie professionnelle et la vie personnelle. »

Certains cabinets de petite ou moyenne taille peuvent posséder un cadre régissant la rémunération et les conditions de travail, mais il ne sera jamais aussi rigide que celui des grands cabinets, a-t-elle ajouté. Bien que ces cabinets puissent ne pas être aussi ouverts à la négociation que les plus petits, « il peut y avoir des possibilités de négocier des points liés aux  salaires, bonus et autres formes de rémunération et d’avantages sociaux ».

Quant à l’argent, certains des plus petits cabinets pourraient être prêts à négocier le paiement sur la base d’un « salaire exclusivement fondé sur le partage des honoraires ou d’un salaire ordinaire, ou une combinaison des deux », a déclaré Stuart Rudner, avocat spécialisé en droit de l’emploi et médiateur dans le cabinet Rudner Law de Toronto. « Selon le cabinet, il peut y avoir une certaine marge de manœuvre, ainsi qu’au niveau du nombre d’heures facturables et non facturables qu’un nouveau juriste doit s’engager à faire. »

Fuyez les grandes métropoles

Tous s’accordent à reconnaître qu’au Canada les avocats sont très recherchés dans les petites villes et dans les villages, et plus particulièrement dans les communautés rurales et éloignées. Pour les juristes qui ont besoin d’un premier emploi, il pourrait s’avérer fructueux de s’adresser aux cabinets implantés dans ces endroits. De façon générale, les salaires seront inférieurs dans les petites communautés canadiennes, mais le coût de la vie y sera également généralement moindre, sauf dans le Grand Nord. Cependant, puisque le nombre de juristes prêts à s’y installer est beaucoup moins important que ceux qui veulent exercer dans les grands centres, ils devraient être en mesure de négocier de meilleures conditions de travail et rémunérations.

« Manifestement, dans les régions rurales, les jeunes juristes auront beaucoup plus de chances d’obtenir des conditions de travail plus souples et de meilleures perspectives de carrière », a déclaré Me Parsons. Sans compter qu’un grand nombre de juristes qui exercent dans des petites villes se dirigent à grands pas vers leur retraite. Ainsi, « hors de la vallée du bas Fraser, l’âge moyen d’un juriste qui exerce en C.-B. est de 55 ou 56 ans », a-t-il dit. « Si un jeune juriste est prêt à relever les défis de l’exploitation d’un cabinet dans une petite ville, il pourrait obtenir des conditions favorables auprès d’un avocat qui souhaite bientôt prendre sa retraite. »

Le télétravail… peut-être pas une si bonne idée

Nombreux sont les membres de la génération du millénaire qui s’y connaissent en technologie et sont capables de travailler chez eux. Si les conditions sont favorables, ils pourraient réussir à obtenir cette concession de la part d’un nouvel employeur.

Mais devraient-ils vraiment la rechercher? Preston Parsons pense que ce n’est pas le cas. « Il peut s’avérer difficile de tisser des liens avec vos collègues dans un nouveau cabinet si vous travaillez à la maison plusieurs jours par semaine », a-t-il dit. Même avec toutes les meilleures intentions du monde, « il peut être difficile d’apprendre à faire confiance à quelqu’un de nouveau qui n’est pas souvent au bureau ». Cette absence de confiance pourrait nuire à la capacité d’un jeune juriste à gravir les échelons au sein du cabinet, a-t-il averti.

Ne vous présentez pas les mains vides

L’un des éléments qui peuvent donner du poids aux jeunes juristes face à un employeur potentiel au moment de l’embauche, c’est d’amener avec eux la possibilité de nouveaux clients et donc de gains éventuels pour le cabinet.

« Si un cabinet pense qu’un jeune juriste a un précieux réseau qui générera de nouveaux clients, ou possède des compétences spécialisées, un statut, des possibilités de gain et de solides antécédents dans un domaine du droit particulier, cela pourrait donner à ce juriste une plus grande marge de manœuvre pour négocier », a dit Me Suleman.

Ouvrez votre propre cabinet

Naturellement, le meilleur moyen de façonner l’emploi dont vous rêvez, c’est d’ouvrir votre propre cabinet, car votre seul interlocuteur lors des négociations sera… vous-même. Exercer par vous-même ou ouvrir un petit cabinet avec des collègues sur la même longueur d’onde vous permet de définir votre rémunération, vos conditions de travail et de créer une culture d’entreprise plus diverse et inclusive.

En revanche, exercer par soi-même ne vous garantit pas le salaire prévisible que l’emploi dans un cabinet vous assure et, au moins jusqu’à ce que votre cabinet soit bien établi, vous devrez consacrer autant de temps à trouver des clients qu’à travailler sur leurs dossiers.

« J’ai constaté que plus de femmes, de juristes racialisés, de juristes autochtones et de juristes appartenant à la communauté LGBTQ2 ouvrent leur propre cabinet et lancent de nouvelles conversations au sujet de l’exercice du droit au lieu de s’efforcer de se couler dans le moule existant des cabinets juridiques », a déclaré Me Suleman. « C’est fascinant de voir qu’un plus grand nombre de juristes souhaitent imaginer et créer quelque chose de différent! »

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