Entrepreneuriat juridique Développer l’entrepreneur en vous

Par Jim Middlemiss juillet 4, 20174 juillet 2017

Entrepreneuriat juridique Développer l’entrepreneur en vous

 

Sébastien Guénette a suivi un cours sur la manière de penser comme un entrepreneur, et le directeur des affaires juridiques pour les opérations canadiennes de Japan Tobacco International (JTI) croit que la démarche a fait de lui un meilleur conseiller juridique interne.

« Se mettre dans la peau d’un entrepreneur pendant une semaine en enlevant votre chapeau juridique était un très bon exercice », dit Me Guénette au sujet de ce cours que le département juridique de sa compagnie a organisé à Madrid il y a deux ans pour 80 de ses conseillers juridiques internes.

L’un des grands avantages pour lui a été d’apprendre à « prendre le risque de prendre des décisions, même si toutes les données ne sont pas entièrement disponibles, ce que les gens d’affaires font souvent, mais qui est souvent contraire aux réflexes d’un avocat ».

En fait, c’est toute l’approche de la gestion du risque qui s’est démarquée pour lui en tant que différence entre les avocats et les entrepreneurs dans la manière d’approcher un problème. « Nous sommes très bons pour signaler des problèmes, et ils sont très bons pour les contourner, dit-il. Apprendre à être créatif a été une très bonne leçon pour moi. »

Le programme d’entrepreneuriat juridique est né des efforts de Wade Wright, vice-président des affaires juridiques et des affaires réglementaires, qui a poussé son équipe juridique à devenir plus orientée vers les solutions afin que le département soit perçu comme offrant un avantage compétitif au sein de l’organisation. Olivier Blanc, avocat général adjoint basé à Genève, a été chargé de créer le programme.

Me Blanc a travaillé avec la London Business School pour bâtir un événement d’une semaine qui incluait un mélange de groupes de travail, de séances et de présentations sur un éventail de sujets allant du leadership à la gestion de risques. Il comptait aussi des discussions sur l’état d’esprit des entrepreneurs, comment d’encourager l’essor de l’esprit entrepreneurial au sein d’une organisation, et la manière dont les lignes directrices d’une compagnie et les politiques peuvent encourager ou nuire à ces efforts.

Le programme avait le soutien du PDG de la compagnie et trouve sa source dans un sondage mené par le département juridique pour déterminer la manière dont il était perçu par ses membres, puis par les autres membres de l’entreprise. Le département a appris qu’il devait être plus orienté vers les solutions, et cherchait dès lors un moyen de se rapprocher des départements d’affaires de l’entreprise.

« L’idée était d’avoir des avocats qui font beaucoup plus que de simplement être des avocats, mais qui sont de réels entrepreneurs », explique Me Blanc.

Celui qui est aussi responsable de développement d’affaires et d’opérations chez JTI indique que ces efforts ont aidé à changer la manière dont le département juridique est perçu par les membres des départements commerciaux de l’entreprise. Les commentaires ont été que « nous sommes réellement des conseillers d’affaire avec des connaissances juridiques, plutôt que simplement des avocats », dit-il.

L’état d’esprit entrepreneurial

Tandis que les efforts de JTI pour bâtir un esprit plus entrepreneurial au sein de son équipe d’avocats peuvent paraître un peu extrêmes pour certains, la réalité est que l’industrie de l’éducation juridique a fait un travail médiocre sur le plan de l’enseignement des affaires. Ainsi, à moins de vous enrôler dans le Programme de leadership en entreprise pour les juristes d’entreprises de l’ACCJE, un programme de MBA ou de choisir des cours dans le domaine commercial à l’université, vous en apprendrez très peu sur le processus commercial. Malgré tout, ça demeure la responsabilité du juriste de conseiller les décideurs du secteur commercial quant à la manière de naviguer les écueils juridiques pour mener le dernier produit à bon port.

Donc de former les juristes pour qu’ils développent un esprit entrepreneurial n’est pas superflu.

En fait un nombre croissant de facultés de droit aux États-Unis créent des cliniques entrepreneuriales pour développer cet esprit chez leurs étudiants, et les mettre en contact avec des entreprises en démarrage qui ont besoin d’un coup de pouce juridique.

Cependant, le rôle des départements juridiques est-il de mener ces efforts? Rees Morrison, un ancien conseiller juridique interne qui est aujourd’hui consultant au sein de la firme Altman Weil aux États-Unis, n’est pas certain que de former un avocat à développer et vendre des produits et une bonne utilisation du temps d’un avocat. « C’est ce que les gens d’affaires devraient faire », dit-il. 

De plus, le rôle traditionnel d’un avocat en tant que gardien des questions juridiques, qui tente de minimiser les risques, s’inscrit en faux par rapport au modèle de l’entrepreneur, qui tente généralement de défoncer des portes et de prendre des risques.

Prenez l’exemple d’Uber. Il est difficile de croire que des avocats auraient donné le feu vert à une compagnie dont les services vont à l’encontre de régimes qui encadrent l’industrie du taxi. Les risques réglementaires étaient et demeurent énormes.

Rees Morrison perçoit une autre différence importante entre l’ADN des avocats et celle des entrepreneurs : « La plupart des entrepreneurs échouent », dit-il, et les juristes n’ont généralement pas le même appétit pour le risque. « Vous n’aurez pas de carrière en tant qu’avocat si vous échouez sur les questions juridiques trop souvent. »

Fait intéressant, toutefois : si vous examinez les traits de caractère et les compétences d’entrepreneurs et avocats accomplis, vous trouverez plusieurs similarités. En 2015, le Pennsylvania Bar Institute a identifié 17 compétences propres aux avocats qui ont du succès. Elles incluent la motivation, l’indépendance, l’accent mis sur la formation continue, la résilience, l’esprit d’analyse, de bonnes capacités à communiquer, du leadership, des compétences pour la résolution de problèmes, la littératie financière et la responsabilité.

Comparez cela avec les entrepreneurs : dans un article de 2015 publié sur le site entrepreneur.com, l’auteur Thomas Smale a identifié 10 traits de caractère typiques chez un entrepreneur à succès. Certains sont semblables à ceux que l’on retrouve chez les avocats, dont la détermination, le désir d’apprendre, la passion, la compréhension financière et la capacité de gérer le risque. Ils font aussi preuve d’une certaine confiance, tout comme les avocats. Par contre, il y avait certains traits de caractère qui n’étaient pas identifiés dans la liste des juristes, dont le fait que les entrepreneurs comprennent que l’échec fait partie du jeu, qu’ils peuvent s’adapter, qu’ils sont habiles pour le réseautage et qu’ils ont l’habilité de vendre et de promouvoir.

Ce sont ces derniers traits de caractère relatifs à la vente, la promotion et le réseautage qui font souvent défaut chez les conseillers juridiques internes – à l’exception des développeurs de clientèle – et qui deviennent des atouts importants lorsqu’ils cherchent à faire la transition d’un rôle purement juridique à celui d’un membre de confiance de l’équipe commerciale.

Opportunités et solutions

Développer un cours sur la manière dont les entrepreneurs pensent est certainement un moyen d’aborder la question, mais d’autres méthodes sont utilisées par les départements juridiques internes pour aider à développer de meilleures aptitudes pour les affaires chez leurs membres.

Prenez l’exemple de John West, qui a récemment été nommé premier vice-président, avocat-conseil général et secrétaire de la Société chez Postes Canada, et qui a été forcé de se réinventer tandis que les consommateurs s’éloignent des services traditionnels de la livraison de courrier.

Me West a vite déterminé que son équipe de 25 avocats avait des compétences exceptionnelles et une connaissance approfondie de la société, ainsi que des défis auxquels elle était confrontée dans sa transition pour devenir un fournisseur de solutions dans le domaine des livraisons, du marketing et du commerce en ligne. Il a senti que son travail était de s’assurer que les avocats aient « l’opportunité de sortir de l’ombre ».

« Nos avocats devaient élever leur travail d’un cran, et ils l’ont fait », dit-il.

Parfois, ce sont les petites choses qu’un département juridique peut faire qui peuvent faire la différence et contribuer à alimenter la fibre entrepreneuriale au sein d’une organisation. À la Banque Nationale du Canada, le département juridique a récemment établi un comité numérique pour aider à concentrer les efforts sur le domaine en développement rapide des technologies financières.

Denis Brind’Amour, gestionnaire des affaires juridiques, contrats, acquisitions et trésorerie à la banque, dit que son département tente de réunir l’expertise juridique de différents secteurs pour bâtir des ressources qui pourront soutenir les opérations commerciales sur des questions numériques. « L’objectif est de rassembler toutes ces personnes, de partager leur expérience et de s’éduquer mutuellement pour améliorer notre visibilité », dit-il.

Il croit que le mandat du département juridique est non seulement celui de gardien ou de portier – un rôle nécessaire qui ne disparaîtra jamais, selon lui –, mais aussi de « conseillers stratégiques auprès de l’entreprise ».

Marc-André Blanchard, un ancien dirigeant de la firme McCarthy Tétrault actuellement ambassadeur du Canada aux Nations unies, et qui a fait une présentation à la conférence du printemps de l’ACCJE, estime que les conseillers juridiques internes ont les compétences pour faire leur marque au sein de leur compagnie et de les guider vers l’avenir. Cet avenir augure bien pour les entreprises canadiennes, dit-il, à condition de demeurer un pays progressiste.

« Vous avez beaucoup à apporter dans les discussions stratégiques », a-t-il lancé à l’audience. « Vous ne voulez pas être enfermé dans un cadre juridique. »

« Nous sommes tous dans l’état d’esprit de réaliser des choses. Vous devez apporter des solutions. »

Jim Middlemiss est écrivain basé à London, Ontario. Cet article a paru dans le numéro d'été 2017 du Magazine ACCJE.

Un partenaire stratégique

Si vous cherchez des moyens de développer votre esprit entrepreneurial et d'accroître votre visibilité, une excellente option est le Programme de leadership en entreprise pour les juristes d'entreprises, offert par l'ACCJE et la Rotman School of Management. Le programme d'une journée complète se concentre sur la gestion d'un département juridique, tant au niveau interne qu'externe.

La voix de l'« entrepreneur en vous » devra s'élever pour résoudre des problèmes comme : Est-ce que des entreprises en démarrage dans le secteur des technologies juridiques telles que Closing Folders peuvent être utiles dans un dossier de fusion? Comment l'intelligence artificielle affecte-t-elle la gestion des contrats? Est-ce que le recours à des services comme Simplex, Delegatus ou Axiom peut aider au niveau de l'embauche du personnel?

Comme un MBA, le programme se penche aussi sur la communication, la dynamique organisationnelle, les ressources humaines, la prise de décision, la gouvernance, le leadership et l'esprit d'équipe – des composantes importantes pour le succès d'une entreprise.

Les conversations informelles qui peuvent en émerger sont inestimables. Les étudiants discutent de ce qui a fonctionné pour eux, des projets qu'ils dirigent, des nouveaux services juridiques qu'ils aimeraient voir émerger, et plus encore. Si leurs niveaux et leurs industries peuvent varier, les difficultés que les participants affrontent sont très souvent similaires.

Cet apprentissage donne au conseiller juridique en entreprise les connaissances et les compétences nécessaires pour apporter des solutions améliorées et innovantes à leur organisations.

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