De l’aide dans la lutte contre la corruption

Par Michael Dempster avril 11, 201711 avril 2017

De l’aide dans la lutte contre la corruption

 


Alexandra Wrage reçoit plusieurs appels de PDG nerveux ces jours-ci.

Ils s’inquiètent d’invitations à souper envoyées par des fonctionnaires étrangers. Ils ont budgété 200 $ pour un repas – mais quand l’invité se présente avec un entourage et commande des vins dispendieux; la note monte à 1000 $ ou plus. Ils veulent savoir : sommes-nous coupables de corruption?

Ces soupers ne sont pas comme de remettre une valise pleine d’argent. Mais Me Wrage souligne que c’est un problème qui peut garder les cadres éveillés la nuit.

Les choses ont considérablement changé depuis novembre 2001, lorsqu’elle a fondé TRACE International Inc. avec pour but de rendre plus facile et moins dispendieux pour les compagnies d’éviter la corruption.

Alexandra Wrage, qui est née et a été élevée à Vancouver, vit maintenant à Annapolis, au Maryland. Elle a quitté sa position d’avocate-conseil au sein de Northrop Grumman, une multinationale du secteur de l’aérospatiale et des technologies de la défense, pour fonder TRACE.

« Dans le cours de mon expérience en tant que conseillère juridique interne, il m’est apparu qu’il y avait une sorte de prise d’otage », dit-elle. Elle se souvient d’avoir travaillé en Afrique du Nord pour tenter d’obtenir un contrat. Un fonctionnaire lui a dit qu’un compétiteur lui avait offert un pot-de-vin. Elle connaissait le compétiteur, l’a appelé et a découvert que ce n’était pas le cas. Le fonctionnaire « jouait le jeu, cherchant à faire monter les enchères entre deux parties récalcitrantes ».

Généralement, d’importantes raisons liées à la concurrence et aux monopoles découragent les compétiteurs de se parler. « Mais en ce qui concerne la corruption, il est très important de partager de l’information, dit-elle. Il est devenu évident pour moi que les compagnies seraient en meilleure posture si elles pouvaient résister collectivement aux demandes de pots-de-vin. »

Me Wrage a fondé son entreprise avec la conviction que les compagnies ont besoin d'aide pour élaborer leurs programmes de conformité. Son modèle d’affaires repose sur une philosophie à frais partagés, mettant l'accent sur les meilleures pratiques qui ont cours dans de nombreuses organisations, en repérant les problèmes et en identifiant les « mauvais acteurs ».

Elle a quitté un emploi stable pour démarrer son entreprise sans avoir de clientèle. Plusieurs collègues lui ont demandé, blaguant à moitié, si elle était saine d’esprit. Elle a appelé ses contacts dans l’industrie de l’aérospatiale et de la défense, a contracté une seconde hypothèque sur sa résidence familiale – et a regardé le projet naissant prendre son envol.

« Le choix du moment a été très chanceux », dit-elle. Il n’y avait pas de réelle concurrence, contrairement à aujourd’hui, et l’entreprise a grandi à un rythme gérable, qui s’est accéléré lors de la quatrième année. De grandes multinationales sont devenues ses clients, et des marques établies comme General Electric, ExxonMobil et Canadian Bank Note lui ont apporté une crédibilité accrue. 

Aujourd’hui, elle peut se vanter d’être associée à plus de 300 compagnies membres. Elle charge des frais annuels d’abonnement qui n’ont pas changé depuis une décennie et qui varient de 15 000 à 18 000 dollars américains, selon le forfait de services retenu. TRACE travaille aussi avec des dizaines de milliers de petites à moyennes entreprises (PME). « On peut dire que les multinationales mènent la charge sur les règles anticorruption, mais les PME répondent à l’appel », constate la dirigeante.

Les compagnies canadiennes sont arrivées à la table un peu sur le tard, mais forment maintenant le troisième groupe en terme d’adhésion, après les entreprises des États-Unis et du Royaume-Uni. « C’est attendrissant d’une certaine manière, mais il y avait cette perception assez solide que les Canadiens sont fondamentalement honnêtes, explique-t-elle, donc que toute une série de cadres et de contrôles n’était pas nécessaire, puisque les gens poseraient les bons gestes s’ils étaient confrontés à une telle situation ».

Mais ce n’est pas le bon moyen de gérer un programme de conformité, prévient-elle. Les compagnies doivent prévoir où les lignes doivent être tracées. Faites confiance aux gens, certes, mais ayez des contrôles en vigueur pour vous assurer d’être au courant si ces limites sont dépassées.

Des cas de corruption très médiatisés, en particulier des accusations contre le géant montréalais SNC-Lavalin, ont aidé à changer les attitudes canadiennes. Pendant une certaine période, seuls les États-Unis imposaient des lois anticorruption, mais l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Canada sont maintenant plus actifs à cet égard.

Une mise en œuvre agressive ne passe pas inaperçue au sein des entreprises, pas plus que des amendes massives, ou encore les frais juridiques et les dommages à la réputation encourus susceptibles d’être encourus. L’une des conséquences les plus souvent ignorées par les compagnies est la perte d’efficacité. Gérer un pot-de-vin prend une quantité de temps extraordinaire, explique Me Wrage. Les gens se rencontrent en secret, enterrent des paiements, jouent avec les registres… « C’est épuisant parce que vous êtes constamment en train de vous protéger. »

Il y a aussi le vaste degré d’incertitude. La corruption est un contrat illégal dont la mise en œuvre ne peut être garantie, souligne-t-elle. Si un fonctionnaire revient sur sa promesse après avoir reçu un pot-de-vin, il n’y a aucun recours. Et les gens d’affaires détestent ce genre d’incertitude.

La dirigeante décrit l’approche de TRACE comme étant unique en ce qu’elle crée une association d’entreprises organisée en fonction d’un partage des coûts et qui fournit des outils anticorruption efficaces aux multinationales et aux intermédiaires avec qui elles travaillent.

TRACE compte deux entités intégrées basées dans cinq pays et elle établit maintenant une présence à Vancouver. Le groupe compte 110 employés, qui parlent au total 34 langues. Son équipe d’avocats et de professionnels du domaine de la conformité offre des services dans trois catégories principales : la formation, la diligence raisonnable et l’étalonnage.

La formation peut impliquer 200 personnes qui assistent à une session au même moment, et où tout le monde entend le même message quant aux normes de comportement acceptables.

TRACE rédige aussi des dizaines de milliers de rapports de diligence raisonnable auprès de PME. Il s’agit des partenaires avec lesquelles les entreprises doivent faire affaire dans les pays étrangers – des organisations qui peuvent aussi poser des risques de corruption.

Comme exemple d’étalonnage, Me Wrage revient à la question parfois épineuse des cadeaux donnés à des fonctionnaires étrangers : est-ce que 50 $ ou 500 $ sont des montants acceptables pour un souper? TRACE peut demander à ses 300 membres quelles sont leurs propres normes en la matière.

Idéaliste, la dirigeante croit que le droit et la communauté des affaires offrent de nombreuses opportunités pour faire une différence – mais elle demeure réaliste.

« Certaines compagnies sont prêtes à entendre qu’ils doivent éviter la corruption parce que ça les rend complices dans des crimes internationaux – parce que c’est mal et injuste, et une forme de vol, dit-elle. Mais encore davantage sont plus réceptives à l’argument que c’est tout simplement une mauvaise stratégie d’affaires. »

Outils anticorruption

Peu importe sa taille, plusieurs approches et outils gratuits ou peu dispendieux sont disponibles pour aider une entreprise à faire ses premiers pas vers l’adoption d’un programme anticorruption. Alexandra Wrage en nomme quelques-uns, dont l’aide offerte par divers organismes à but non lucratif; les ateliers gratuits organisés par son entreprise, TRACE International; ou le recours à des outils en ligne comme TRACE Matrix (qui mesure le risque dans 199 pays), TRACE Compendium ou TRACEpublic

Cet article est paru pour la première fois dans le numéro du printemps 2017 issue of CCCA Magazine.

Catégories:
Comments
No comments


Leave message



 
 Security code